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AVEC LE TEMPS CENT ANS DE CHANSONS

Certaines anecdotes n’ont pas besoin d’être aussi précises que d’autres, car, parfois, il n’est pas utile de savoir qui, mais plutôt quoi, pour sourire et peut-être rire…

La scène se déroule lors de la dernière représentation de la revue musicale Avec le temps Cent ans de chansons en l’an 2000.

Peu de spectateurs le savent, mais les dernières sont souvent propices aux facéties des comédiens, facéties qui, la plupart du temps, passent inaperçues. Seuls les ouvreurs et les techniciens sont les témoins de ces petits écarts humoristiques et de cette tradition de scène.

Pour la dernière d’Avec le temps, Cent ans de chansons, les comédiens se sont lancés une sorte de défi. C’est à celui qui fera la plus surprenante facétie et tous les comédiens vont rivaliser d’imagination pour remporter la palme.

Dès la seconde chanson, le festival improvisé débute. Un comédien est descendu dans les loges pour attraper un bouquet qu’on lui a offert lors de la première médiatique, quatre semaines auparavant, jaillir sur scène avec des fleurs fanées et entonner :

Ce ne sont pas là de nobles bouquets
Signés de la main de savants fleuristes
Liés par des nœuds de rubans coquets
Bouquets précieux, chefs-d’œuvre d’artistes

Dans la salle, aucun spectateur ne bronche, même si le bouquet paraît un peu décrépit, défraîchi. Qu’à cela ne tienne, les extravagances sont monnaie courante dans le monde des arts. Seuls les ouvreurs et les techniciens sourient sous cape.

Les festivités se poursuivent pendant la quatrième chanson, car une comédienne a attrapé dans les coulisses une serpillière encore humide pour chanter :

Si l’on pouvait arrêter les aiguilles

Au cadran qui marqu’ les heur’s de la vie

Dans la salle, quelques spectateurs sourient, car la serpillière est tout de même un accessoire baroque, loufoque. Qu’à cela ne tienne, les extravagances sont monnaie courante dans le monde des arts. Seuls les ouvreurs et les techniciens rient sous cape.

Les festivités s’enchaînent inlassablement. Heureusement, l’entracte arrive pour permettre aux comédiens de souffler un peu et de trouver l’ultime facétie qui fera de l’un d’entre eux le grand gagnant de la soirée.

Que pourrait-on inventer de nouveau et de fumant pour remporter la palme ? Les comédiens se triturent les méninges. L’un d’entre eux croit avoir trouvé la solution.

La sixième chanson du deuxième acte débute. Sur scène, un comédien fredonne le dernier couplet d’Il y avait un jardin de George Moustaki et quatre comédiennes font les chœurs. Une chanson poétique, légère…

Où est-il ce jardin où nous aurions pu naître

Le comédien, sûr de sa facétie, entre sur scène

Où nous aurions pu vivre insouciants et nus,

Il est totalement nu…

Où est cette maison toutes portes ouvertes

Porte une marguerite dans ses mains…

Que je cherche encore et que je ne trouve plus.

Et traverse la scène, stoïque.

La palme est décernée. Le chœur se transforme en un chœur d’hilarité. Une des comédiennes, prise d’un fou rire, tape, extatique, sur la scène avec le plat de sa main. Le comédien essaie de chanter en vain. Dans la salle, tous les spectateurs s’esclaffent, car, ils ont enfin compris qu’ils assistaient à une représentation un peu spéciale. Tous les ouvreurs et les techniciens se tiennent les côtes, de peur de les laisser tomber.

Qu’à cela ne tienne, les extravagances sont monnaie courante dans le monde des arts et le spectacle reprit quelques minutes plus tard, avant d’être accueilli par un concert d’applaudissements.