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Souvenirs

C'était il y a dix-sept ans. Nous entrions clandestinement par la porte arrière du théâtre... à minuit... Nous repartions à l'aube ; dormir quelques heures et recommencer une nouvelle journée... cela avait quelque chose de magique, pendant cinq semaines le même rituel et comme résultat un très beau spectacle dirigé par Georges Groulx... l'Alcade de Zalamea.

Louise Marleau

S'exécuter dans L’Exécution avant d'être comédien, c'était un gros risque. Je ne l'ai pas pris seul, c'est le Rideau Vert et Marie-Claire Blais qui m'ont offert cette chance. Merci à tous les deux.

Daniel Gadouas

Mes timides débuts soutenus énergiquement par Yvette et Mecha auprès de metteurs en scène hésitants. Mon assurance grandissante de spectacle en spectacle grâce à Yvette, partenaire fidèle et sûre. L'éblouissement des tournées européennes. La fréquentation des grands textes : Claudel,Giraudoux, Pirandello, Musset, et tant d'autres qui ont pétri le comédien que je suis... Tout cela je le dois au Rideau Vert

Gérard Poirier

Je dois au Théâtre du Rideau Vert de bien grandes joies, et un douloureux souvenir. Pour célébrer son dixième anniversaire, un grand spectacle La Reine Morte de Montherlant. Je jouais le roi Ferrante que je rejouais quelques années plus tard à la télévision. Irritant mal de gorge toute la soirée. Mais en scène on ne pense plus à la douleur. Je m'efforçais de la calmer avec force, champagne au cours de la généreuse réception qui suivit la représentation. Mauvaise nuit. Le matin violente douleur plus un son : j'avais un abcès dans la gorge. On dut, hélas, suspendre les représentations pendant une semaine. En soixante ans de théâtre, c'est la seule fois où je ne puis remplir ma tâche. Triste et bien pénible souvenir.

François Rozet

Mes plus beaux souvenirs en quelques lignes... C'est bien difficile quand on a eu l'honneur de jouer plus de quatre-vingts pièces (Je n'ai pas compté) pour la compagnie du Théâtre du Rideau Vert. Pour ne prendre que le dessus du panier, je retiendrai le plaisir que j'ai eu d'interpréter le Fil à la patte de Feydeau, avec comme partenaire la grande Denise Pelletier  les performances de Madame Yvette Brind'Amour et Monsieur Gérard Poirier (chacun neuf personnages différents) dans Cet animal étrange dont on m’avait confié la mise en scène ; et enfin les cinq années où la section jeunesse a joué dans le cadre des activités parascolaires.  C’était essoufflant, mais combien exaltant.

André Cailloux

Un souvenir émouvant avec le Rideau Vert, les retrouvailles avec le Festival d’Avignon en 1978 que j’avais connu avec le T.N.P. de Jean Vilar au cours des étés 1953-54-55 cette fois-ci au sein d’une compagnie de chez nous,interprétant un auteur de chez nous : Antonine Maillet. Moments d’intenses émotions.

Guy Provost

Le mois de mai 78 m’a apporté deux grandes joies, celle de jouer au Rideau Vert pour la première fois et dans une pièce de Félix Leclerc Sonnez les matines. Je souhaite un autre trente ans au Rideau Vert afin que j’aie beaucoup d’anecdotes à raconter cette fois. Longue vie et amitiés.

Juliette Huot

Je jouais La guerre de Troie n’aura pas lieu de Giraudoux.="mso-spacerun: yes">  Paul Gury faisait partie de la distribution. On sait que le cher homme était souvent distrait. Il attendait donc patiemment en coulisse, tout en fumant sa pipe.  Le moment de son entrée en scène arrive, on doit lui faire signe.="mso-spacerun: yes">  Monsieur Gury, affolé, met alors précipitamment la pipe dans sa poche et se retrouve sur la scène.  Il fait de son mieux pour dissimuler et éteindre la fumée qui s’échappait du costume, et nous eûmes beaucoup à faire,mes camarades et moi pour réprimer un prodigieux fou rire.

Léo Ilial

Une première pièce ne s’oublie jamais et je crois que l’expérience vécue au Théâtre du Rideau Vert c’est assez exceptionnel, du jour même de l’audition aux toutes dernières représentations de Gigi.

L’atmosphère, la plus que merveilleuse équipe qui m’a entourée et le climat de confiance qui s’en dégageait resteront toujours dans ma mémoire et dans mon cœur.

Mireille Deyglun

Le Rideau Vert pour moi, si c’est quasi une institution, si c’est solide,sécurisant dans le fonctionnement comme dans les lieux, c’est aussi – outre la mémoire de bien des belles choses que j’y ai vu jouer – la certitude de la continuité.  Dans le métier et dans la mentalité.

C’est ainsi que je n’y ai pas vu d’hiatus entre la vie de coulisses du début des années soixante et celle d’il y a deux ans ou de cette année, entre les interminables jasettes de loge à loge du temps des Glorieuses et les fous rires d’entractes des Jeux de la nuit. Pas plus qu’entre l’effort et le travail de la première pièce que j’y ai jouée et de celle que j’y répète aujourd’hui.

Au fond, cela devrait m’inquiéter… Car, sur ta même scène, fidèle Rideau Vert, cette première fois-là, j’avais fait… PATATE !

Catherine Bégin

Je jouais Monsieur de Falindor de Manoir et Verhylle dans un français archaïque.  Je devais dire sur un ton sérieux :

–Je crois que notre Sir est bien appâté !

Mais au lieu de cela, je dis :

– Je crois que notre pâte est bien cirée !

Edgar Fruitier

C’était dans Le lion en hiver une très belle scène où Éléonore d’Aquitaine (Yvette Brind’Amour) parle à ses fils Jean Leclerc et Daniel Gadouas, de l’amour et de la guerre.nbsp;Ils sont à genoux de chaque côté d’elle et elle les tient par les cheveux.

Nous refaisons la scène deux ou trois fois et, Jean et Daniel n’arrêtent pas de se lever.

J’allais me mettre en colère quand ils m’ont avoué qu’Yvette mettait tant de passion dans l’interprétation qu’il leur fallait « suivre leurs cheveux ! ».

Danièle J Suissa

Pour Mariaagélas d’Antonine Maillet, l’authenticité fut une de mes principales préoccupations tant dans l’accent de la langue que des costumes et des accessoires. J'étais allée au pays de La sagouine en respirer l'air salin et surtout écouter les gens, observer tout autour de moi.  Je fus fasciné par la façon qu'ont les pêcheurs d’amonceler au milieu de la cour entre la maison et le hangar, petits bacs, cages à homards, bouées aux couleurs du propriétaire, outils de pêche, barils, etc. c’est de cette vision qu’est né le décor et la production.

Comment retrouver cette authenticité sur la scène du Rideau Vert ? C’était bien simple trouver quelqu’un qui aurait tout un gréement de pêche et qui consentirait à s’en départir pour Antonine, que tous connaissent et aiment bien.

Ce ne fut pas difficile à trouver et quelques jours plus tard, tout un chargement arrivait rue Gilford à la salle de répétitions où il fallait trier les accessoires utiles à la production.

Le déchargement commença, mais comme si un sort nous avait été jeté, tout comme Sietel qui dans FAUST ne peut toucher une fleur sans qu’elle ne se fane, nos mains avaient à peine touché l’accessoire que cage à homards, pic, bouée, baril se désagrégeaient sous nos yeux, nous laissant pantelants avec la ferraille dans les mains, le bois lui n’avait pu résister au changement de climat ! Comme quoi entre l’authenticité de la vie et celle de la scène il y faut l’art, c’est-à-dire beaucoup de patience pour rassembler, remonter,reconstituer, solidifier, polir, orner pour la plus grande authenticité théâtrale et la joie de tous.

Roland Laroche

Je pourrais raconter cent blagues qui se sont produites au cours de spectacles au Rideau Vert.  En voici une dans L’enfant qui fait danser le ciel : je jouais le rôle d’un pingouin sur une banquise et un prospecteur (Serge Turgeon) arrivait, me faisait fuir et je sautais dans un trou de glace qui était dans le plancher du plateau.  Nous n’étions pas tendres les uns envers les autres, « mes camarades » avaient rempli un seau d’eau glacée et j’ai dû y sauter à pieds joints.  En plus du bruit, il y eut des éclats de voix et de l’eau qui gicla sur scène.  J’avoue m’être bien vengée, mais passons…

Marthe Choquette

Février 49, Les innocentes, le rideau s’ouvre, mon cœur bat et la voix de Rosalie Wells sort toute tremblante de ma bouche.

Il me faudra attendre août 68 pour ressentir une semblable émotion – Les Belles soeurs, Germaine Lauzon, ses timbres, ses inoubliables belles sœurs… et ceci toujours entre les plis de notre cher Rideau Vert.

Denise Proulx

Un lundi d’octobre 1972, La sagouine est arrivée à Montréal sans tambour ni trompette.  Nous dans la salle, avons très vite compris que quelque chose d’important venait de se passer dès les premières minutes. Étonnement de la présence de Viola Léger, surprise qu’une autre langue française, celle d’Antonine Maillet et de l’Acadie, nous fasse réaliser que le français n’existait pas qu’au Québec et qu’en Europe.  Le principe ternaire était prouvé une fois de plus par l’arrivée d’un « arbitre » qui permettait d’apprécier nos différences pour mieux les cultiver.

Daniel Roussel

Il m’aura fallu reprendre un à un tous les programmes du Rideau Vert pour débrouiller les souvenirs.

Quelle ne fut pas ma stupéfaction de constater que le rideau (vert bien entendu) s’était refermé plus de trente fois en moins de vingt ans sur des représentations auxquelles j’avais participé ou dont la mise en scène m’avait été confiée par ses deux inlassables directrices.

Il m’est impossible de traduire l’émotion que j’en éprouve. Devant cette confiance qui m’a été accordée sans réserve, devant l’acharnement de trente années à « faire » le théâtre nous ne pouvons que nous incliner et souhaiter, comme le poète, que le Rideau Vert ne soit qu’au milieu de son âge.

François Cartier

La pièce Constance, la Xe pièce de Somerset Maugham.

J’avais dit à Yvette Brind’Amour que ça ne « marcherait » pas.

Bien entendu, je m’étais trompé et le théâtre jouait à guichets fermés.

J’y jouais un mari volage dont la femme se vengeait à la toute fin de la pièce en quittant la maison devait son mari mais au bras de son amant.

C’était la joie totale dans la salle, le mari était jugé, condamné avec raison et l’amant était beau comme un dieu, c’est-à-dire jeune, athlétique et s’appelait Benoît Girard.

Dès qu’il apparaissait pour venir chercher l’héroïne de la pièce, il était à ce point magnifique que, de la salle, chaque soir, on entendait un « ha ! » d’admiration.  Quelques lignes et la pièce se terminait.

Les deux héros étaient applaudis à tout rompre et c’était tout juste si on ne me chahutait pas.

Ce soir-là…Benoit Girard apparaît dans la porte, cheveux grisonnant à peine, costume magnifique, cape anglaise sur les épaules, mais à la surprise des comédiens, il n’y a pas de la salle le « ha! » habituel.  Benoît en fut sans doute troublé, toujours est-il qu’il oublia les trois marches qu’il avait à descendre avant de prendre l’héroïne dans ses bras.  Il les descendit d’un seul coup, trébucha forcément et pour reprendre son équilibre, s’accrocha désespérément à la robe magnifique d’Yvette Brind’Amour.

On entendit jusqu’à la rue Mont-Royal le déchirement du costume d’Yvette Brind’Amour et le fou rire se déclencher dans la salle et sur la scène.  Benoît essayait de reprendre son texte, il riait tellement qu’il n’y parvenait pas. Yvette Brind’Amour riait tellement qu’elle était incapable de dire un mot, c’est simple, elle pleurait de rire et quant à moi, j’étais en orbite de rire.

Finalement quand il y eut une sorte de ralentissement dans les rires de la salle parce que le public même en riant, doit respirer, je réussis à placer, ma réplique qui était, croyez-le ou non : « Qu’est-ce que vous trouvez de drôle dans tout ça ? »

Les rires recommencèrent de plus belle, Benoît Girard réussit à entraîner Yvette Brind’Amour aussi rapidement et aussi romantiquement que possible hors de scène, on baissa le rideau sur un mari cocu qui riait aux larmes.

Ce soir-là, le public eut droit à un drame et à une comédie pour le même prix et ne sut jamais comment finissait vraiment la pièce.

Jean Duceppe

Ex-sociétaire, ex-pensionnaire du Rideau Vert.

Maintenant, directeur d’une troupe de théâtre quelque part à Montréal.

Le Rideau Vert pour nos auteurs dramatiques a été une source d’enrichissement et d’inspiration nouvelle. Personnellement ce qui m’a beaucoup touché, c’est l’éclosion – au moment de la création de L’exécution par le Rideau Vert – de jeunes comédiens tels que Daniel Gadouas et d’autres non moins talentueux que nous retrouvons aujourd’hui sur nos scènes.

Marie-Claire Blais

Une nuit, les piliers du Palais de Tésée, Duc d’Athènes, prirent racine dans le plancher même de la scène du théâtre. Toutes les colonnes se mirent à bourgeonner, à se couvrir de feuilles et le beau palais devint forêt de laurier.  La litière qui portait Titania descendit des cintres, Tésée fit une colère mais Puck et Obéron s’en moquaient bien car Le songe d’une nuit d’été était devenu réalité.

Robert Prévost

J’ai de nombreux souvenirs agréables du Rideau Vert. Il en est un toutefois qui me fait encore dresser les cheveux sur la tête.  C’était pendant Becket – où je jouais le rôle de la reine mère – un dimanche après-midi.  J’étais allée faire une promenade dans les bois, près de Saint-Sauveur, avec mon chien.  Attirée par un parcours d’hébertisme (l’art de la survie en forêt), je m’écartai du sentier et me retrouvai bientôt complètement perdue.  Après avoir erré pendant plusieurs heures dans les broussailles et les hautes herbes, j’aperçus enfin l’orée du bois… non loin de ma voiture, Dieu merci ! J’avais tourné en rond.  Il me restait à peine deux heures avant le premier entracte et mon entrée en scène ! Grâce aux prouesses de mon mari, qui brava plusieurs fois la loi au volant de notre voiture (un dimanche soir, imaginez les embouteillages), l’entracte ne dut être prolongé que de dix minutes.  L’angoisse éprouvée à l’idée d’avoir empêché le lever du rideau demeure aussi vraie,  aujourd’hui, quand il m’arrive d’y repenser, que ce soir-là, il y a déjà près de huit ans…

Michelle Tisseyre

Trente ans, c’est à la fois beaucoup et très peu ; beaucoup quand on considère que dans la société en ébullition dans laquelle nous vivons les « associations théâtrales » durent rarement aussi longtemps, très peu quand, en jetant un coup d’œil derrière soi, on réalise à quel point les trois dernières décennies ont passé rapidement et, surtout, à quel point nous avons perdu du temps.  Dans un pays jeune comme le nôtre qui se bâtit au jour le jour, un théâtre c’est très important.  Et un répertoire se construit exactement comme un pays ; à coup d’audace, de risques, de volonté, d’amour.  Dans les années qui viennent, je souhaite au Rideau Vert de multiplier les « Sagouine et Les Belles-Sœurs » afin de nous léguer sa part du répertoire dont nous avons besoin pour nous affirmer en tant que culture et dire au monde entier que nous existons, fier et fort, et francophone, au cœur de l’Amérique du Nord.

Michel Tremblay

Le Rideau Vert est la première compagnie théâtrale qui m’ait encouragé à lui confier une pièce de théâtre. Je suis heureuse de le dire et de témoigner ma reconnaissance à Yvette Brind’Amour qui par son insistance m’a amenée à entreprendre une nouvelle carrière.

Françoise Loranger

En 1949, lorsque le Rideau Vert faisant des auditions pour le rôle d’un garçon de 16 ans très naïf, je me suis présenté avec le trac et la certitude que je ne serais pas choisi.  Mais, comme ma naïveté dépassait les bornes de la norme, forcément, j’ai remporté la décision et c’est ainsi que j’y ai fait mes débuts professionnels en janvier 1950.  En 1979, m’y revoici avec une pièce que Yvette et Mecha m’ont commandée.  Je refais donc mes débuts à titre d’auteur.  Cette fois encore, j’ai eu la chance d’être choisi.  J’ose croire que ce n’est plus en raison de ma naïveté, même si, entre-temps, je me suis mis à la peinture et que, de nouveau, je me fais donner du peintre naïf… je n’en sortirai jamais.

Alors chère Yvette, chère Mecha, laissez-moi vous dire que je suis très content de me retrouver chez vous.  Mais, dites-moi, entre nous, comment avez-vous pu endurer cette famille de grands enfants que nous sommes – comédiens, auteurs, metteurs en scène, décorateurs, costumiers et autres artisans du spectacle – pendant ces 30 ans ? Comme dit ma mère, parlant de ses 9 petits : « Fallait avoir la vocation ». Ça, je n’en ai jamais douté.

P.-S. : En revoyant les programmes des premières pièces du Rideau Vert dans lesquelles j’ai jouées, savez-vous que j’ai trouvé que certains auteurs étaient quelque peu naïfs eux aussi dans le temps ? Je n’étais pas le seul ? Ben cou donc…

Jean Daigle

J’ai de nombreux souvenirs de Théâtre du Rideau Vert, autant que de pièces créées sur ses planches – merci Yvette et Mecha ! Mais le plus doux, peut-être le plus éloquent, est celui que je garde de la toute première de La Sagouine, un 9 octobre 1972.  Mes compatriotes acadiens entraient par la petite porte, sur la pointe des pieds, prenaient timidement un billet, puis s’asseyaient dans les dernières rangées.  Je n’étais pas offensée, je les connais et m’y attendais.  Ce que je n’attendais pas, c’est la ruée de l’entracte, où tous les Acadiens venaient s’identifier, fiers d’être du pays.  Ce que j’attendais encore moins, c’est la fin du spectacle, quand les autres, ceux d’ici, s’approchant de moi, se grattaient l’épiderme jusqu’à se trouver un grand oncle, une demi-belle-sœur, un arrière-cousin de la hanche gauche.  Après deux siècles, nous étions tous une petite affaire réconciliés.

Antonine Maillet

À force de frotter et de forbir les planches du Rideau vert, La Sagouine les a rendues presque aussi blanches que ses mains.  Mais depuis les techniciens ont réussi à les reteindre et à les remettre à l’ordre.  Pourtant, la hantise du retour de La Sagouine règne toujours.

Viola  Léger

Cela se passait alors que le Théâtre du Rideau Vert présentait Ombre Chère de Jacques Deval.

La pièce commençait par une longue exposition entre la marraine de l’héroïne (que j’interprétais) et un vieil ami de la famille.

Ce jour-là, la représentation en matinée avait été avancée d’une heure. Mais le vieil ami avait oublié ce détail.

J’entrai donc en scène, m’installai au téléphone et, par ce moyen, appris seule au public ce qu’il devait savoir de la pièce.

Le tour était joué, mais la main de la marraine tremblait un peu.

Marthe Thiery

L’esprit de Colette, la classe de Giraudoux, l’austérité de Camus, l’émotion de découvrir Rome et d’y jouer Ibsen, la joie de passer du drame à la comédie pour la première fois et quelques fous rires pour assaisonner le tout, par exemple lorsque Yvette perd son jupon en scène, voilà le Rideau Vert.

Françoise Faucher

Adolescente, jouant déjà à la radio et dans des spectacles d’enfants au théâtre avec Madame Jean-Louis Audet, cette dernière m’envoya auditionner pour Les innocentes, première pièce du Rideau Vert. Malheureusement, je fus refusée car il ne fallait pas mesurer un centimètre de plus que Gaétane Laniel et Denise Proulx, les premiers rôles d’écolières de la pièce.  J’en fus très triste, mais le Théâtre du Rideau Vert s’est repris et m’a beaucoup gâtée depuis.

Monique Miller

Pour moi le Rideau Vert est le lieu où j’ai éprouvé des émotions de toutes sortes : angoisses, tracs indescriptibles, bonheur aussi de jouer de beaux rôles : La reine morte, Fleur de cactus, Croque monsieur, Dreyfuset Les dames du jeudi.  Mais il y a dix-huit mois, mes sensations rares ont atteint leur maximum ! Oui, j’ai vécu là des moments que je n’oublierai jamais, j’ai assisté à la première de ma fille Mireille dans Gigi, instant terrible où vous regardez impuissante le dur combat que livre votre enfant, mais disons-le, quelle fierté, puisque je crois que ce fut un succès.  Autre période merveilleuse, première mise en scène. Donc Rideau Vert : angoisses et joies ! Avec mon cœur merci Mecha et Yvette.

Janine Sutto

Je ne peux pas me rappeler sans rire les malentendus du plus haut comique qui s’établissaient entre notre metteur en scène russe Monsieur Raevsky au début des répétitions des Trois sœurs de Tchekhov.  La conversation par personne interposée (l’interprète) nous amenait dans certains cas à faire exactement le contraire de ce que le metteur en scène nous demandait, par exemple à nous tuer à essayer de nous plaquer un sourire là où justement il n’en voulait pour rien au monde.  Il a dû y perdre quelques cheveux.  Par la suite, heureusement, nous avons fini par nous entendre à merveille et la conversation traduite nous est devenue tout à fait naturelle, nous avions l’impression de parler le russe.

Hélène Loiselle

Pour moi, le Théâtre du Rideau Vert est certainement le théâtre des grandes premières.  Après y avoir interprété une vingtaine de personnages classiques ou modernes, après deux tournées européennes, le Rideau Vert s’est également levé sur trois événements marquants de ma vie, le premier L’Oiseau bleu de Maeterlinck où il m’était donné la joie de dialoguer sur scène avec mon fils qui n’était alors qu’un petit bout de chou, le second Le bal des voleurs de Jean Anouilh, ma première mise en scène professionnelle, et le troisième Harold et Maude, de Colin Higgins où Marc fera ses débuts de jeune comédien professionnel.  Je souhaite une très longue vie au Théâtre du Rideau Vert afin qu’il puisse un jour arriver à jumeler mon côté familial et mon côté théâtral en présentant le « casting idéal », lieu : Rideau Vert, vedette : moi-même, metteur en scène : mon fils.  De cette façon, j’aurais la joie et l’immense bonheur de me réaliser « par moi-même ».

Gaétan Labrèche

Rideau de fer

Rideau de mousse

Rideau de feuilles

Rideau de dentelle

Rideau de perles

Le mien c’est le vert

Le Rideau Vert

Derrière

Il y a le théâtre

La plus fascinante chose du monde

Et Yvette Brind’Amour

La fidèle

À son service

Toute une vie

Félix Leclerc

C’est à l’automne que Mecha et Yvette m’ont parlé de cet immense spectacle qu’elles voulaient faire pour le temps des fêtes, L’Oiseau bleu avec 50 personnes en scène. Elles m’avaient dit : « On va essayer d’avoir la Place des Arts. » Et quand elles m’ont appelée pour me dire qu’elles l’avaient, elles m’ont dit : « Nous voulons que ce soir toi qui jouesle rôle du petit garçon. » Je ne sais plus jusqu’à quel âge j’ai joué des garçons. Je ne comprends pas pourquoi je suis restée une fille.

Avec tout le théâtre pour enfants que nous avons fait par la suite, André Cailloux, Mireille Lachance, Louise Turcot, Arlette Sanders, Jacques Lorain, Luis de Cespedes, Serge Turgeon et moi, ce sont des années de bonheur que j’ai vécues dans ce théâtre et j’en serai toujours reconnaissante au Rideau Vert.

Marthe Choquette

Félix Leclerc arrive un dimanche midi avec une pièce sous le bras. C’est l’ébauche de Sonnez les matines.  « Si vous l’aimez, je la complète et je la fignole » nous dit-il.

Serge Turgeon

L’Anjou était situé à proximité d’une caserne de pompiers. Comme il faisait très chaud dans la salle, on ouvrait la porte derrière les coulisses pour permettre aux comédiens de respirer. Pendant une représentation, les sirènes retentissent sans arrêt et les comédiens ne s’entendent plus. Gisèle Schmidt dit alors avec à-propos : « Mais on ne s’entend plus parler ici. Un instant, je reviens. » Elle me laisse alors seul sur scène et se dirige d’un pas décidé vers la porte qu’elle ferme avant de revenir pour enchaîner. J’étais émerveillé par tant d’audace.

Edgar Fruitier

Ma première expérience au Rideau Vert [Le Complexe de Philémon] fut assez particulière. Cette année-là, je jouais à la fois au cabaret et au théâtre. Au Beu qui rit, où je jouais avec Paul Berval, pendant que ce dernier enchaînait ses répliques, je quittais le cabaret pour me rendre à l’Anjouoù jouait le Rideau Vert. Je prenais un taxi, me changeais de costume dans le taxi, montais les escaliers à toute vitesse et entrais en scène. Je faisais ma scène et revenais aussitôt au Beu qui rit pour jouer un autre sketch. Comme j’étais jeune et que je voulais être connue, je retournais à l’Anjou pour le salut. Tout cela se faisait en moins d’une demi-heure.

Denise Filiatrault

Dans les années soixante, au début de la Révolution tranquille, nos revues portaient beaucoup sur la langue ; quelques années plus tard, elles ont porté sur la séparation du Québec et sur les femmes parce que le féminisme commençait à faire parler de lui, et jamais le Rideau Vert ne nous a imposé des limites. Il n’y avait aucune censure.

Albert Brie

Le Rideau Vert, à l’époque, était le seul théâtre à avoir intégré à sa programmation les revues du temps des fêtes. ça marchait, les gens riaient énormément. On venait surtout voir Michelle Tisseyre, la reine du music-hall

Roger Joubert

Le Rideau Vert fut une expérience extraordinaire. À une époque, on y travaillait sept jours sur sept. Il n’y avait pas de relâche, pas de jour de liberté entre deux spectacles. On faisait une générale à cinq heures du matin. On était jeune, on avait envie de travailler tout le temps. Et on sentait tout de suite une ambiance familiale, on se sentait chez soi au Rideau Vert. C’était notre deuxième maison.

Arlette Sanders

Si le Rideau Vert a duré si longtemps, c’est parce qu’il a su proposer des choses qui plaisaient au public. On n’a pas connu beaucoup de salles vides au Rideau Vert

Juliette Huot

Quand je fus reçus par Madame Palomino et Madame Brind’Amour, MadamePalomino me dit que ma pièce les intéressait, que le Rideau Vert allait la mettre à l’affiche et que j’aurais dix pour cent des entrées comme droit d’auteur. Je n’en revenais pas, je ne pouvais pas croire que Les Belles-sœurs allait finalement être jouée dans un vrai théâtre. J’allais repartir quand Madame Palomino me demanda de couper au moins cinq des quinze personnages de la pièce. Avec tout le courage de mon jeune âge, je dis : Non, je ne pouvais éliminer un seul de mes personnages même si plusieurs étaient moins importants que d’autres. Je voulus faire comprendre à Madame Palomino que c’était une pièce collective sur des femmes qui parlent beaucoup sans se dire des choses essentielles et que si j’en coupais cinq, ce serait moins fort. Il fallait que ma pièce reste un peuple de femmes qui parlent. Mecha accepta cet argument sans discuter. Je n’en revenais pas qu’elle rende les armes aussi vite. J’avais dû être convaincant. La rencontre avait duré trois minutes et demie et le rebelle que j’étais était tout excité d’avoir sa pièce jouée dans un théâtre institutionnel.

Michel Tremblay

Yvette sur scène était très drôle, terrible même. Elle était drôle parce que si elle prenait le fou rire, elle te laissait en plan comme personne. Elle était rieuse. Dans La Dame aux camélias, j’étais entrée sur scène en disant : « Ma chère Yvette » plutôt que « Ma chère Marguerite ». « Alors, ma chère Yvette, commentallez-vous ? » que je lui d is. Eh bien, ma chère Yvette, je l’ai vue disparaître sous les couvertures. Je ne voyais que ses yeux et qui riaient.

Arlette Sanders

Je me suis rendu compte que certaines personnes avaient une fausse perception du Rideau Vert. On lui reprochait de ne présenter que du théâtre sans risque, mais cela était faux. Le Rideau Vert a pris beaucoup de risques, y compris avec La Sagouine, puisqu’il s’agissait d’un auteur et d’une actrice inconnus.

Antonine Maillet

Je voulais faire participer les enfants aux spectacles. Quand je vous ai lu ma pièce : L’Enfant qui fait danser le ciel, j’ai dit : Arrivée là, Marthe, tu vas enlever ton capuchon de pingouin, tu vas t’asseoir sur le bord de la scène et tu vas dire aux enfants dans la salle : « celui qui a écrit la pièce n’a pas d’allure. Je ne sais pas à quoi il pensait. Si vous étiez à notre place, qu’est-ce que vous feriez ? » Et en fonction de la réponse, je vous demandais de jouer la première, la deuxième ou la troisième version. Vous m’avez tous dit : « tu es fou, Cailloux, ça ne s’est jamais fait. » Eh bien, ça a marché. Et depuis, ça se fait dans bien d’autres théâtres.

André Cailloux

Albertine est peut-être la plus belle pièce de Tremblay. Quand on en a fait la lecture, on était dans la grande salle du théâtre, Yvette et Mecha nous écoutaient, elles étaient bouleversées. Elles disaient que c’était un chef-d’œuvre, et je partage cet avis.

Huguette Oligny