Théâtre du Rideau Vert

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Souvenirs

Bégin Catherine

Le Rideau Vert, pour moi, si c’est quasi une institution, si c’est solide, sécurisant dans le fonctionnement comme dans les lieux, c’est aussi – outre la mémoire de bien des belles choses que j’y ai vu jouer – la certitude de la continuité.  Dans le métier et dans la mentalité.C’est ainsi que je n’y ai pas vu d’hiatus entre la vie de coulisses du début des années soixante et celle d’il y a deux ans ou de cette année, entre les interminables jasettes de loge à loge du temps des Glorieuses et les fous rires d’entractes des Jeux de la nuit. Pas plus qu’entre l’effort et le travail de la première pièce que j’y ai jouée et de celle que j’y répète aujourd’hui. Au fond, cela devrait m’inquiéter… Car, sur ta même scène, fidèle Rideau Vert, cette première fois-là, j’avais fait… PATATE!

Blais Marie-Claire

Ex-sociétaire, ex-pensionnaire du Rideau Vert. Maintenant, directeur d’une troupe de théâtre quelque part à Montréal. Le Rideau Vert, pour nos auteurs dramatiques, a été une source d’enrichissement et d’inspiration nouvelle. Personnellement, ce qui m’a beaucoup touché, c’est l’éclosion – au moment de la création de L’exécution par le Rideau Vert – de jeunes comédiens tels que Daniel Gadouas et d’autres non moins talentueux que nous retrouvons aujourd’hui sur nos scènes.

Brie Albert

Dans les années soixante, au début de la Révolution tranquille, nos revues portaient beaucoup sur la langue; quelques années plus tard, elles ont porté sur la séparation du Québec et sur les femmes parce que le féminisme commençait à faire parler de lui et jamais le Rideau Vert ne nous a imposé des limites. Il n’y avait aucune censure.

Cailloux André

Mes plus beaux souvenirs en quelques lignes... C'est bien difficile quand on a eu l'honneur de jouer plus de quatre-vingts pièces (je n'ai pas compté) pour la compagnie du Théâtre du Rideau Vert. Pour ne prendre que le dessus du panier, je retiendrai le plaisir que j'ai eu d'interpréter le Fil à la patte de Feydeau, avec comme partenaire la grande Denise Pelletier; les performances de madame Yvette Brind'Amour et monsieur Gérard Poirier (chacun neuf personnages différents) dans Cet animal étrange dont on m’avait confié la mise en scène; et enfin, les cinq années où la section jeunesse a joué dans le cadre des activités parascolaires.  C’était essoufflant mais combien exaltant.

Cailloux André

Je voulais faire participer les enfants aux spectacles. Quand je vous ai lu ma pièce : L’Enfant qui fait danser le ciel, j’ai dit : Arrivée là, Marthe, tu vas enlever ton capuchon de pingouin, tu vas t’asseoir sur le bord de la scène et tu vas dire aux enfants dans la salle : « Celui qui a écrit la pièce n’a pas d’allure. Je ne sais pas à quoi il pensait. Si vous étiez à notre place, qu’est-ce que vous feriez? » Et en fonction de la réponse, je vous demandais de jouer la première, la deuxième ou la troisième version. Vous m’avez tous dit : « Tu es fou, Cailloux, ça ne s’est jamais fait. » Eh bien, ça a marché. Et depuis, ça se fait dans bien d’autres théâtres.

Cartier François

Il m’aura fallu reprendre un à un tous les programmes du Rideau Vert pour débrouiller les souvenirs. Quelle ne fut pas ma stupéfaction de constater que le rideau (vert bien entendu) s’était refermé plus de trente fois en moins de vingt ans sur des représentations auxquelles j’avais participé ou dont la mise en scène m’avait été confiée par ses deux inlassables directrices. Il m’est impossible de traduire l’émotion que j’en éprouve. Devant cette confiance qui m’a été accordée sans réserve, devant l’acharnement de trente années à « faire » le théâtre, nous ne pouvons que nous incliner et souhaiter, comme le poète, que le Rideau Vert ne soit qu’au milieu de son âge.

Choquette Marthe

Je pourrais raconter cent blagues qui se sont produites au cours de spectacles au Rideau Vert.  En voici une dans L’enfant qui fait danser le ciel : je jouais le rôle d’un pingouin sur une banquise et un prospecteur (Serge Turgeon) arrivait, me faisait fuir et je sautais dans un trou de glace qui était dans le plancher du plateau.  Nous n’étions pas tendres les uns envers les autres, « mes camarades » avaient rempli un seau d’eau glacée et j’ai dû y sauter à pieds joints.  En plus du bruit, il y eut des éclats de voix et de l’eau qui gicla sur scène.  J’avoue m’être bien vengée mais passons…

Choquette Marthe

C’est à l’automne que Mecha et Yvette m’ont parlé de cet immense spectacle qu’elles voulaient faire pour le temps des fêtes, L’Oiseau bleu avec 50 personnes en scène. Elles m’avaient dit : « On va essayer d’avoir la Place des Arts. » Et quand elles m’ont appelé pour me dire qu’elles l’avaient, elles m’ont dit : « Nous voulons que ce soir ce soit toi qui joues le rôle du petit garçon. » Je ne sais plus jusqu’à quel âge j’ai joué des garçons. Je ne comprends pas pourquoi je suis restée une fille.  Avec tout le théâtre pour enfants que nous avons fait par la suite, André Cailloux, Mireille Lachance, Louise Turcot, Arlette Sanders, Jacques Lorain, Luis de Cespedes, Serge Turgeon et moi, ce sont des années de bonheur que j’ai vécues dans ce théâtre et j’en serai toujours reconnaissante au Rideau Vert.

Daigle Jean

En 1949, lorsque le Rideau Vert faisant des auditions pour le rôle d’un garçon de 16 ans très naïf, je me suis présenté avec le trac et la certitude que je ne serais pas choisi.  Mais, comme ma naïveté dépassait les bornes de la norme, forcément, j’ai remporté la décision et c’est ainsi que j’y ai fait mes débuts professionnels en janvier 1950.  En 1979, m’y revoici avec une pièce que Yvette et Mecha m’ont commandée.  Je refais donc mes débuts à titre d’auteur.  Cette fois encore, j’ai eu la chance d’être choisi.  J’ose croire que ce n’est plus en raison de ma naïveté, même si, entre-temps, je me suis mis à la peinture et que, de nouveau, je me fais donner du peintre naïf… je n’en sortirai jamais. Alors chère Yvette, chère Mecha, laissez-moi vous dire que je suis très content de me retrouver chez vous.  Mais, dites-moi, entre nous, comment avez-vous pu endurer cette famille de grands enfants que nous sommes – comédiens, auteurs, metteurs en scène, décorateurs, costumiers et autres artisans du spectacle – pendant ces 30 ans? Comme dit ma mère, parlant de ses 9 petits : « Fallait avoir la vocation ». Ça, je n’en ai jamais douté.
 
P.-S. : En revoyant les programmes des premières pièces du Rideau Vert dans lesquelles j’ai jouées, savez-vous que j’ai trouvé que certains auteurs étaient quelque peu naïfs eux aussi dans le temps? Je n’étais pas le seul? Ben coudonc…

Deyglun Mireille

Une première pièce ne s’oublie jamais et je crois que l’expérience vécue au Théâtre du Rideau Vert c’est assez exceptionnel, du jour même de l’audition aux toutes dernières représentations de Gigi. L’atmosphère, la plus que merveilleuse équipe qui m’a entourée et le climat de confiance qui s’en dégageait resteront toujours dans ma mémoire et dans mon cœur.